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MarsActu.fr
MarsActu.fr est un site web d’information indépendant édité par Raj Médias, société spécialisée dans l’édition de sites internet et de médias locaux. Pierre Boucaud, co-fondateur et ancien directeur général de LCM, la chaîne de télévision locale marseillaise, également ancien cadre du groupe Lagardère, nous fait le plaisir de répondre à quelques unes de nos questions.
Pierre Boucaud, bonjour, vous avez récemment lancé MarsActu.fr, un site web d’information locale et généraliste sur Marseille et sa région. La liberté de ton et la diversité des sujets ont rapidement rencontré une audience qui ne cesse de croître, aujourd’hui 50 000 visisiteurs/mois. Racontez-nous !
Tout d’abord le pari de MarsActu.fr, c’est d’essayer de faire de l’info locale d’une façon différente. Pour l’instant dans les villes françaises, à Marseille ou ailleurs, il existe quelques sites spécialisés (cityvox pour les sorties par exemple, ou des féminins comme mylittlemarseille), et généralement le seul site d’info généraliste est celui de la presse quotidienne régionale (PQR).
Notre idée est de proposer un « pure player » de l’info locale. On est 100% internet.
Ce qui nous permet d’être plus réactifs, plus agiles et plus « low cost » que les filiales internet des groupes PQR.

- Source photo : Etude EPIQ 2009
D’autre part, nous souhaitons adopter une écriture là aussi totalement web. L’info est souvent sur le web. Il faut simplement la trouver. Mais aussi la mettre en valeur, la vérifier, la commenter, l’enrichir. On n’est pas des robots. Et on croit aussi au terrain. La technologie va de plus en plus nous permettre d’aller chercher l’info dans la rue. Mini caméra, 3G, PC portables… là où avant il fallait des cars satellites… Et puis enfin l’internet c’est aussi un ton nouveau. Moins révérencieux, moins institutionnel. Plus « cash », plus direct. Et ça c’est totalement original dans les médias locaux, généralement très compassés …
Au-delà du discours tragico-médiatique selon lequel la crise de la presse est conjoncturelle, structurelle et qu’il faut dorénavant parler de crise des médias en général, pourriez-vous nous dire ce qui justifie, selon vous, cette méfiance généralisée des français vis-à-vis de l’information rapportée par les grands médias ?
Les médias nationaux, et encore plus les médias locaux ont besoin de l’argent public pour vivre sinon ils n’y arriveront pas. C’est encore plus vrai en période de crise. Cette dépendance au pouvoir est mortelle. On n’est pas aux ordres mais souvent on s’autocensure. Qui va aller mordre la main qui le nourrit ? Surtout en période de famine. Il faut changer ces règles. Il est inacceptable pour notre démocratie locale, que les patrons des collectivités locales puissent avoir un droit de vie ou de mort, avec leurs budgets annuels en millions d’euros d’achat d’espaces sur les médias locaux. C’est une honte. Et aucun patron de presse ne le dira. Le rapport du dealer au drogué, ou le syndrome de Stockholm, comme on voudra. Résultat la presse locale est plate, sans aspérité. Les lecteurs ne l’achètent plus et elle meurt, à petit feu… Et plus de presse locale, c’est plus vraiment de contrôle sur la démocratie locale, de watchdog comme disent les américains et c’est dangereux pour tout le monde
Si l’activité d’un media, avant le numérique, consistait plutôt « à dire », il semble que l’une des grandes nouveautés apportées par le numérique est à la fois « de dire et donner la parole » ? J’ai compris que c’était l’un de vos leitmotivs à Marsactu.fr ?
Oui j’aime beaucoup cette expression qui dit que Gutenberg a appris aux gens à lire et que l’internet leur a appris à écrire. C’est très juste. Les gens ont envie de participer, de prendre la parole. Ceci dit cela reste très limité, les contributeurs sont en réalité peu nombreux et toujours les mêmes. Mais cette espace doit exister pour ceux qui le souhaitent. Je pense également que le vrai espace communautaire pour les sites d’info c’est en réalité Facebook. Je ne pense pas que les sites garderont leurs communautés chez eux. Les internautes partiront avec les sujets qui les intéressent et iront les poster sur leur page FB, et en discuteront avec leurs amis. Il faudra juste trouver un moyen pour garder un lien, avec eux, notamment publicitaire pour les annonceurs.
« On ne mord pas la main qui nourrit », justement à partir de ce vieil adage qui résume à lui seul l’un des paradoxes des marchés multifaces (PDF), pensez-vous que le mécénat dont on évoque souvent l’exemple américain puisse être un modèle qui fonctionne en France ?
Je l’ai dit tout à l’heure il faut changer les règles de l’apport d’argent public dans les médias. Cela me parait être une bonne idée que de remplacer les investissements pubs qui généralement ne servent à rien (par exemple les annonces légales que personne ne lit plus) ou les grandes pages de pub des « vœux de Monsieur le Maire, ou de Monsieur le Président du Département ou de la Région » dont tout le monde se contre fiche, par des investissements répartis équitablement et de façon transparente entre tous les médias.Par exemple par des commissions indépendantes qui pourraient être constituées par des publicitaires, des éditeurs, et des représentants de l’Etat et des collectivités, et des citoyens. Le tout au grand jour.
Le contenu de MarsInfos est gratuit pour le lecteur ; quelles sont vos sources de financement, et comment comptez-vous rester indépendant ?
La publicité. La publicité et la publicité. Je ne crois pas en local à des contenus payants, au moins pour des contenus grand public. Je crois à la pub locale, mais aussi beaucoup à la syndication publicitaire, comme le font par exemple très bien les « indépendants » en radio. Notre idée est de fédérer des sites qui ressemblent à Marsactu.fr dans d’autres grandes villes de France et de vendre cette audience, nationale à des annonceurs nationaux.
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Pensez-vous que la révolution numérique, dont la principale caractéristique est la dissociation entre contenant et contenu, qui circule dorénavant sur un réseau mondial et décentralisé, augure la disparition du papier comme support de l’information écrite ? Des projets papier ?
Notre force c’est d’être un pure player internet. Je n’envisage donc aucune autre diversification que sur d’autres supports digitaux comme le mobile, l’Iphone, ou nous sommes déjà ou l’Ipad ou nous allons être. Je crains qu’il y ait des activités print qui disparaissent totalement, comme par exemple les PA. Mais dans d’autres domaines comme la presse « qualitative », magazine par exemple, je pense que le print restera roi.
Merci !
Le site de MarsActu.fr, l’info à Marseille



